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lundi 28 décembre 2015

103 La petite fille d'Amazonie




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     Elle a peut-être cinq ans, petite, la peau sombre, de cette couleur indéfinissable des Indiens sang-mêlé vivants en Amérique du Sud. Vêtue d'une robe de coton trop étroite, les cheveux très noirs en broussaille, couverte de la poussière du chemin, les yeux un peu trop grands et le visage un peu triste des enfants de ce pays, et pourtant, jolie et mignonne, de cette beauté de l’enfance et de l’innocence. Elle joue sur le bord de la route avec trois pierres et deux baguettes de bambou, sans inquiétude, sans arrière-pensée, ignorante des problèmes du monde.

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          Elle a peut-être 30 ans, la même peau sombre que l’enfant, mince, si mince, de cette minceur laide, de cette minceur des gens fatigués ou épuisés. Elle a était belle pourtant, on peut voir qu'elle a était jolie, il y a quelques années, quand elle était jeune, avant ces mois et ces années de privations, de travail et de voyage. Elle n'a même plus la force de pleurer et a oubliée qu'elle avait faim. Elle est là, assise sur un tronc, au bord de la route, elle regarde son enfant, elle est inquiète, elle a peur, elle ne sait plus. 

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      Il n'est pas très grand, mais solide, avec ce genre de muscles qu'un homme développe après des années de travail dur, après des années dans les champs et la forêt. Il est encore jeune et fort malgré les privations des derniers mois, et sous le vieux chapeau, dans le visage tanné par les vents et le soleil du sud, les yeux noirs brillent de larmes contenues. Il est là, debout, près des sacs et de la mule, les bras ballants, triste et déprimé, une colère sourde monte en lui et malgré lui ses poings se serrent. Il regarde sa femme et son enfant, il essaye de repousser les pensées qui montent en lui, mais au fond de lui il sait qu’ils sont à bout, ils n'ont plus rien, ni force, ni ressource, leur dernier espoir vient de s’écrouler, pour eux, c'est le bout de la route.

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        Ils viennent du sud du pays, ils ont vécus très longtemps là-bas, au pays du soleil et des haciendas immenses, se louant aux riches propriétaires, travaillant ici et là, vivant simplement, pauvrement, mais contents. Mais cela fait des années maintenant que la sécheresse est venue, tout est sec, si sec, la misère lentement s’est installée, l'emploi a disparu et la faim est venue. Alors, après des mois d'hésitation, poussés par la peur et le  besoin, ils ont chargé la vieille mule et ils sont partis vers le nord, vers le nord.

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     Ils ont entendu dire très souvent que là-haut, très loin, dans le nord, il y a la grande forêt, le bassin d'Amazonie avec ses pluies presque journalières, ses arbres énormes, ses fruits innombrables et cette terre chargée d'humus millénaire ou tout pousse à foison. Ils ont entendu dire que la région était presque inhabitée, ouverte aux colons et aux fermiers, qu'il suffisait d'y aller, de choisir son lopin, de le nettoyer, de le cultiver, de le développer et qu'ensuite ce lopin serait à eux... Car le gouvernement l'a promis.

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     Alors ils sont partis, ils ont marchés pendant des mois, sur les routes ou les champs, traversant haciendas et villages, de colline en colline, de rivière en rivière et de ville en ville. Ils se sont arrêtés quelques fois, travaillant ici ou là pour un peu d'argent, un peu de repos et ils sont repartis, vers le nord, vers le nord. 

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          Et enfin ils sont arrivés, ils ont découvert la pluie et la verdure, les grands arbres et cette forêt de rêve, les fruits et les ruisseaux, ils ont rencontrés d'autres colons et ensemble, malgré leur fatigue, soutenu par leur espoir, ils ont franchi les derniers miles.

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     Le journal a parlé d'une compagnie pétrolière qui ouvrait une nouvelle route à travers la forêt et que de chaque côté de cette route il y avait des terres à prendre. Alors ils sont venus, ils sont là, plein d’espoir, plein de rêves, brûlant leurs derniers pesos et le reste de leurs forces.
     Mais ils ne comprennent plus, les barrières, les soldats sur la route, leur disant que la loi a changée et qu'ils ne peuvent pas continuer, la terre n’est plus à prendre et ils doivent s’en retourner, s’en retourner, mais où, comment, avec quoi et pour quoi ?
     Et ils sont là, stupides et perdus, bras ballants, indécis, regardant autour d’eux sur la route et les champs, les quelques autres colons dépités, déprimés qui comme eux attendent on ne sait quoi…un miracle ou bien...
======================================================================                                              Et ils ne savent même pas pourquoi



     Parce qu’aux États unis et là-bas en Europe, il y a de grandes réunions, scientifiques, écologistes et politiciens, confortables et repus étudient la planète. Tout est clair maintenant, notre terre se réchauffe, l'effet de serre sera très grave, nous devons réduire la pollution, nous avons besoin de plus d’oxygène, besoin de plus de forêts, de plus de plantes et de beaucoup plus d'arbres. Il faut donc agir vite, protéger notre monde, nous ne pouvons attendre et il faut sauver l’Amazonie avant qu’il ne soit trop tard, stoppons le déboisement à tout prix, stoppons la destruction de ce patrimoine du monde, la vie de la terre en dépend…agissons, agissons.

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     On prétend protéger quelques centaines d’Indiens vivant dans cette jungle, on se répète que l’on doit garder l’équilibre naturel, on crie et on hurle que la terre ne peut survivre sans l’Amazonie, que nous avons besoin du poumon de la terre, et on fait pression sur un gouvernement et un jour la loi change et l’armée vient l’imposer.

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     Parce qu’aux États unis et là-bas en Europe, depuis des centaines d’années nous déboisons, polluons, détruisons sans contrôle et sans loi. Parce que nous refusons de changer nos habitudes, parce que nous refusons de changer notre manière de vivre, d’oublier nos voitures, nos trains, nos avions, nos bateaux. Parce que nous refusons de réduire notre part de destruction, parce que nous sommes trop stupides, trop fainéants, trop avares pour reboiser et replanter nos propres collines et nos montagnes

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     Nous préférons crier au désastre, a la mort, au scandal quand un paysan affamé, là-bas dans son pays, là-bas sur son terrain, là-bas dans sa forêt, osera brûler un arbre et détruire cette forêt que l’on prétend la clef de notre survie.

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     Parce que nous, les soi-disant civilisés, nous n’avons pas été  capables depuis des millénaires de payer le prix de notre style de vie, de notre luxe, de notre confort et de nos folies… Il y a une petite fille là-bas… sur le bord de la route… une toute petite fille...
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          Fait divers, dans un journal sud americain... ''Le 22 fét vrier 1989, près de la petite ville de C…, une poignée d'émigrants venus du sud du pays a essayé de forcer un barrage militaire afin d'avoir accès a quelques arpents de terre qu'ils croyaient pouvoir coloniser. Dans la confusion qui a suivi une fillette de 5 ans a été piétinée par une mule et est décédée des suites de ses blessures''              

     C’était, il y a longtemps, très longtemps... parfois, le soir, je la revoie encore jouant dans la poussière sur le bord de ce chemin de terre... et le vent dans les arbres...  
  


  
     Depuis de nombreuses années, une multitude d’associations se sont créées pour la protection de l’Amazonie, des écologistes ont été élus dans de nombreux gouvernements qui par l’intermédiaire de différentes organisations internationales, font pression sur les gouvernements sud-américains pour essayer de stopper le déboisement de la grande forêt.
     Ces gouvernements sud-américains, dans le but de montrer au monde qu’ils font des efforts stoppent l’installation en Amazonie de milliers de colons désireux de s’installer, de défricher un lopin de terre et de le cultiver.
     En même temps, dans un but purement financier, ils continuent de donner a d’énormes compagnies forestières internationales, des permis d’exploiter des zones immenses, tout en sachant très bien que ce ne sont pas ces petits colons qui détruisent la forêt, mais bel et bien ces compagnies forestières qui exploitent à outrance, ne laissant derrière eux que désert de glaise rouge.
     Alors que faut-il faire… réduire notre consommation de bois… reboiser nos propres forêts… réduire notre part de pollution et de destruction… changer notre style de vie… cesser de consommer toujours plus… Payer nous-mêmes le prix de nos folies… cesser d’acheter le bois d’Amazonie… boycotter ces énormes compagnies… forcer ces gouvernements Sud-Américains à agir ou il faut… gérer convenablement le patrimoine forestier du monde… je ne sais pas… je l’ignore… je ne suis que le troubadour qui passe et raconte ce qu’il a vu.  



Photos
Pascal Desbages
Jean Pierre G..
Dominique P.....                                       

Equateur - Coca - 1989