vendredi 25 décembre 2015

106 Yamal

                                             Yamal

      C’était quelque part en Afrique, peu importe le pays ou l’année, cela ne changerait rien à la chose. Il avait dix ou onze ans, peut-être douze mais, cela non plus n’a pas d’importance. Il était noir comme l’ébène et son sourire montrait des dents presque trop blanches.

     Chaque matin, avec tous les gamins du village, il quittait la maisonnette de bois, aux premières lueurs de l’aube et montait sur la ‘’colline noire’’ où il retrouvait son père et quelques autres hommes déjà au travail. Eclairés par des lanternes aussi vieilles que le monde, les hommes s’étaient enfoncés dans le trou qu’ils appelaient ‘’la mine’’ et à coup de pioches et de pelles, ils avaient extrait du trou quelques centaines de kilogrammes de charbon, qui s’empilaient maintenant dans le soleil levant. Yamal et les autres gamins du village, remplissaient de charbon des sacs de jute épaisse.  Puis,  s’entraidant les uns les autres, ils chargeaient ces sacs beaucoup trop lourds pour eux sur leur tête et les jambes déjà tremblantes de fatigue, ils commençaient la descente vers la plaine en suivant  des chemins caillouteux à peine visibles, vers le vieux camion qui attendait en bas. Là, ils déchargeraient leur sac dans la benne, recevraient en échange quelques pièces et remonteraient inlassablement vers la colline pour un autre chargement et cela jusqu’à la nuit tombante.

     Debout sous le soleil, souriant un peu trop peut-être, Yamal m’avait laissé faire ma photo. Il accepta avec gratitude le sandwich et la boîte de Coca que je lui offrais et, trop fatigué pour chercher un coin d’ombre, il s’assit sur une pierre et dévora ce festin inattendu. Son sourire semblait figé sur son visage, il parlait peu, mais se vantait d’être le plus costaud du village, d’être infatigable, fier de son travail et du charbon qu’il redescendait vers le gros camion, fier de l’argent ainsi gagné qui permettait de nourrir son petit frère et sa petite sœur. Puis il ramassa son sac de jute vide et repartit vers la colline…  Je crois que je l’aurais depuis longtemps oublié s'il avait été capable de cacher sa fatigue, son épuisement, sa peine… et si il n’y avait pas eu ses yeux noirs brillants de larmes retenues.


Saint Sulpice - 2008

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